La culture pop : entre argent et talent
13/3/2009
Il
est pratiquement impossible de nos jours de passer une journée sans
être soumis à la moindre référence à Britney Spears, sans
visionner la bande-annonce du dernier chick
flick
ou encore d’être épargnée de la dernière publicité de la
collection des produits de Miley Cyrus. La culture pop a
littéralement transformé le monde des arts et de la culture en show
business.
Et l’art pur et innovateur, il est où?
Commençons
par l’expression
show
business :
l’appellation, à première vue anodine, est extrêmement
révélatrice. Partir de l’art pour faire le show,
c’est payant si on sait comment s’y prendre, d’où le business.
Des
«artistes» comme Britney Spears, Miley Cyrus et Hillary Duff ont
bâti un empire autour de leur image, vendant produits dérivés
destinés aux jeunes adolescentes – public
facile à satisfaire et prêt à dépenser des bidous (fournis par
les parents) pour leur nouvelle idole aux cheveux platines – pour
garnir leur portefeuille et celui de leur impresario.
Pour
le cinéma, c’est pareil. Des lycéens en amour
– préférablement une meneuse de claques blonde et le quart
arrière du team de foot – qui font face à un amour impossible ou
encore un film d’horreur avec beaucoup de sang, de seins et de sexe
sont tous deux synonymes de succès financier au box-office. Pas
besoin de beaucoup d’investissements : on prend les mêmes
scénarios, on change les endroits et les noms et hop! Succès
garanti.
Pendant
ce temps, des artistes travaillent avec acharnement pour créer des
produits de qualité, tant du côté de la musique que du cinéma, et
se font balayer du
revers de la main par les maisons de production parce que ce qu’ils
ont à offrir ne rejoindra pas un assez grand public. Et les victimes
de cette oppression de talent ne sont pas que des jeunes qui espèrent
se tailler une place.
Fiona
Apple est un exemple des artistes de talent qui n’ont pas duré :
l’énorme succès de son premier disque, Tidal,
en 1996, n’a pas réussi à lui assurer une place permanente dans
l’œil du public. Après avoir tenté des mélodies expérimentales
plus poussées sur When
The Pawn,
son deuxième opus, elle est boudée par les radios à cause de ses
pièces trop «difficile d’accès». Décidemment, l’orgue et les
flûtes, qui donnent un caractère un peu psychédélique à l’album,
n’ont pas fait l’unanimité.
Résultat,
sa dernière compilation, qui devait sortir en 2003, n’a pris le
chemin des disquaires qu’en 2005 après avoir été remixée par
deux producteurs de hip hop et de techno, histoire de lui conférer
un style un peu plus commercial. Seulement deux des chansons
originales ont été gardées par Sony.
Les
véhicules culturels
S’il
fallait chercher quelqu’un ou quelque chose à blâmer pour cette
uniformisation de la culture, les véhicules utilisés pour la
transmettre auraient certainement leur place au banc des accusés.
La
télévision et Internet
ont permis aux géants de la pop culture de solidifier leur emprise
sur le monde de la musique et du cinéma. Des chaînes comme MTV aux
bandes-annonces de méga-production hollywoodienne jusqu’à la
commercialisation d’un nom en tant que marque sur le web, il
devient de plus en plus difficile pour des artistes de talent de se
démarquer entre tous ceux qui tentent de se faire une place.
Des
sites comme Myspace et Facebook, bien qu’ils permettent à tout
artiste de partager ses créations, ne sont pas la solution ultime :
l’abondance des pages dans chacun des cas rend difficile la
recherche de talents.
Évidemment,
de vrais artistes réussissent à percer dans tous les milieux
culturels, qu’ils soient des précurseurs ou non. Dans le milieu
musical, on peut nommer par exemple Bob Dylan, les Beatles, Jimmy
Hendrix, Johnny Cash… Tous ont accédé à une renommée et un
respect bien mérité. Toutefois, force est de constater que dans la
pop culture actuelle, il ne pleut pas des artistes de cette trempe
tous les jours. Virtuosité non rentable, peut-être…
Savoir
trouver les créatifs
Bien
sûr, il est possible de trouver des artistes qui nous intéressent,
qui innovent et qui inspirent. Il faut fouiller un peu. Et pas besoin
d’aller dans les grands centres urbains comme Montréal pour
trouver des perles rares. La scène underground
de la région bouillonne de talent.
Dans
le hip hop de la région, on peut nommer Godlalune, Jag1, D2, Cza,
Prinz Ali, Nessa; dans le punk ska, il y a The Possums, Alyss (plus
psychédélique, mais ô combien agréable à écouter), Bad News
Bears; la scène métal est témoin depuis quelques années déjà de
l’avènement d’Insurrection et de ses désormais célèbres Roux;
et la liste est longue.
Bref,
pour éveiller vos esprits, cherchez ailleurs que sur les grands
médiums de la pop culture. L’ouverture d’esprit que ça apporte
en vaut la peine. Car il y a un risque bien réel à la pop culture
et les messages transmis largement uniformisés : l’abaissement
de l’éveil culturel et du sens critique.
Tags : culture pop show business musique cinema
Catégorie :
Musique
Publicités sexistes ou pornographie publicitaire?
24/2/2009
Le
groupe People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) s'est fait
refuser la diffusion d'une de ses publicités lors de la 43e édition
du Superbowl. La vidéo, dans laquelle on vante les avantages –
sexuels – de l'alimentation végétarienne comporte des scènes où
des femmes s'amusent allègrement avec les derniers nés du potager.
Pour public averti seulement.
Toutefois,
empêcher le spot d'être diffusé lors du Superbowl n'a certainement
pas fait de mal à PETA. Steve Johnson, chroniqueur pour le Chicago
Tribune, faisait remarquer dans un récent article que la publicité
qu'a reçue PETA grâce à ce scandale lui a fait plus de bien que de
mal en terme de rentabilité: non seulement l'organisme conserve les
trois millions de dollars qu'auraient coûté le temps d'antenne,
mais il garde la même visibilité puisque
le clip banni est disponible sur le web et est très populaire auprès
des internautes.
L'organisme
n'est pas étranger à l'utilisation des femmes dans ses campagnes:
femmes nues en cage pour protester contre les mauvais traitements
infligés aux animaux, le populaire “I'd rather go naked” (“Je
préfèrerais y aller nue”) accompagnée de photos de diverses
actrices en tenue d'Ève pour contrer le port de la fourrure, Alicia
Silverstone dans sa tenue la plus naturelle qui se vante d'être
végétarienne, etc.
Ingrid
Newkirk, présidente de PETA, défend les techniques utilisées par
son organisme. Dans une entrevue accordée à Mother Jones, journal
web spécialisé entres autres dans la justice sociale, Mme Newkirk
affirme que les gens préfèrent voir Alicia Silverstone plutôt
qu'un abattoir.
Une
tendance qui ne se limite pas à PETA...
Dans
Publicité et sexe: Enjeux culturels,
politiques et éthiques, une étude
publiée par l'Université de Genève en 2004, on apprend que
l'utilisation du sexe dans les publicités agit sur les tabous de la
société pour attirer l'attention.
“Concrètement,
il s’agit surtout d’accrocher l’individu. Cela peut aussi se
faire par la provocation, quitte à le mettre dans une situation
inconfortable. En impliquant ainsi le consommateur, ces stratégies
créatives augmentent substantiellement l’impact et le taux de
mémorisation d’une publicité” apprend-on dans l'étude.
L'étude
souligne toutefois que toute sexualité dans une publicité n'est pas
déplacée: ainsi, il serait justifié de voir un corps dévêtu dans
une publicité de lingerie puisque le mannequin porte le produit à
vendre. Toutefois, même dans ces cas, il y a ombre au tableau : “Les
images sont souvent retouchées et la femme mise en scène dans le
visuel publicitaire devient un idéal inatteignable. Ces images
contribuent à modifier la perception de la beauté physique par la
population”.
Une
réalité souvent décriée par les féministes. Les Chiennes de
garde, groupe féministe très actif en France, s'inquiètent des
stéréotypes féminins véhiculés par la pub. Selon elles, les
mannequins populaires d'il y a 20 ans pesaient 8% de moins que la
moyenne du poids des femmes. Aujourd'hui, la différence s'élève à
20%.
Toujours
selon les Chiennes de garde, au delà de l'image corporelle
inatteignable, la publicité “enferme dans des schémas réducteurs:
la maman ou la ******, le macho ou le papa poule”. Des images
véhiculées qui sont dangereuses, selon elle, pour l'estime des
femmes et l'évolution de sa place dans la société.
Tags : publicite sexe feministe PETA stereotype
Catégorie :
Actualité
Polytechnique: la torture
10/2/2009
S'il y a bien une oeuvre qui suscite la controverse récemment, c'est bien le film Polytechnique, de Denis Villeneuve. Il touche une corde sensible que bien des Québécois aimeraient oublier. Il permet de faire vivre la tragédie à ceux qui n'étaient pas présents lors du 6 décembre 1989. Pas pour mettre un fardeau insoutenable sur les épaules des gens épargnés, mais bien pour alléger celui des victimes qui, elles, portent ce fardeau seules depuis trop longtemps...
Du côté de la réalisation, le film est une réussite incontestable. Les plans de caméra, parfois vertigineux, préparent en douce pour les hauts-le-coeur que provoque le déroulement de l'histoire. C'est comme s'ils avaient été pensés pour préparer le spectateur à être dérangé et mal à l'aise.
Quant à la bande sonore, elle dérange par sa simplicité et son efficacité. Le réalisateur ne s'est pas embourber dans différentes musiques qui n'auraient eu ici aucun sens. L'absence de musique dans la presque totalité du film permet de se sentir non pas devant un écran, mais dans l'école où se déroule le drame. Il y a les casiers refermés bruyamment, la cacophonie dans la cafétéria, le bruit des photocopieurs... et ces coups de feu qui résonnent si fort qu'on a l'impression, encore une fois, de ne plus être des témoins.
D'ailleurs, la réalisation du film en noir et blanc ajoute une certaine sobriété au film. Un détail nécessaire qui évite de tomber dans le sensationnalisme.
Deux vies, une fin
Pour le déroulement de l'histoire, le réalisateur voulait que différents points de vue soient explorés. Au début du film, on entre dans le monde du tueur, où il lit la lettre de suicide qu'il a laissé derrière lui. C'est la lettre originale et intégrale qui nous est récité par Maxime Gaudette, l'acteur qui incarne le tueur. C'est de cette façon qu'on l'identifie dans le film, “le tueur”. On ne prononce pas son nom, ce film ne lui est pas dédié.
Ensuite, on voit en parallèle le quotidien de deux étudiants, Jean-François (Sébastien Huberdeau) et Valérie (Karine Vanasse), jusqu'au moment déclencheur: le tueur entre dans la classe où les deux étudiants se trouvent. Il les sépare: les filles à droite, les gars à gauche. On connaît la suite.
À partir de ce moment, on suit Jean-François dans sa panique. La recherche pour de l'aide, l'assimilation de la réalité quand il voit les victimes... Et on le suit jusqu'à sa fin, à un moment où on pense que le film et la torture sont finalement finis.
Mais non, on retourne dans la classe pour suivre Valérie. Et tout recommence, encore plus intensémment qu'avant.
Si cette façon de faire peut être mélangeante pour certains, elle a le mérite d'être claire: les victimes du tueur n'étaient pas que des femmes...
C'était nécessaire
Le film fait mal à tous, c'est indéniable. Aux témoins impuissants, à ceux qui n'étaient pas nés et qui n'avaient jamais compris jusque là. ヌa permet de revivre pour un moment une tragédie pour bien faire la paix avec cet épisode noir de notre société.
C'était un pas à franchir après 20 ans. Denis Villeneuve a réussi brillament son mandat, dans tout le respect que les victimes méritent.
Ce film touchera tout le monde qui ose aller le voir. D'ailleurs, personne ne se lève quand arrive la fin: tous veulent rester pour voir les noms des victimes, à qui ce film est dédié. Et quand les spectateurs se lèvent finalement, c'est le silence dans la salle.
Tags : polytechnique tuerie denis villeneuve karine vanasse
Catégorie :
Cinéma